La liberté, l’autonomie, l’élection des dirigeants, la solidarité et la responsabilité envers sa communauté faisaient déjà partie des traditions politiques et sociales ukrainiennes bien avant la naissance de l’Ukraine moderne.
Le monde cosaque en est l’un des exemples les plus marquants. Les cosaques ne se contentaient pas de défendre les terres ukrainiennes. Ils avaient créé des communautés fondées sur la liberté individuelle, la fraternité et le droit de participer aux décisions collectives.
Ce sont précisément ces traditions que le pouvoir impérial russe a progressivement cherché à soumettre et à détruire.
En 1708, les troupes russes ont détruit Batouryn, alors capitale de l’Hetmanat et important centre politique de l’Ukraine cosaque. La ville a été pillée et incendiée, et une grande partie de sa population a été massacrée.
La destruction de Batouryn n’était pas seulement une opération militaire. C’était une tentative de briser l’autonomie ukrainienne et de détruire une société qui voulait décider elle-même de son avenir.
Qu’est-ce que la Russie cherchait exactement à détruire ? Et quelles valeurs les Ukrainiens ont-ils préservées malgré tout ?
Qui étaient les cosaques ?
Pour les Ukrainiens, les cosaques occupent dans la mémoire nationale une place comparable à celle des mousquetaires, des chevaliers ou encore des combattants de la Résistance dans l’histoire française.
« La réponse des Cosaques de Zaporijia » – tableau d'Ilya Repin, 1880-1891. Photo: Culture Club/Getty Images
Les cosaques étaient des hommes libres qui vivaient dans les steppes d’Ukraine à partir du XVIᵉ siècle. Ils défendaient leurs terres face aux invasions et aux attaques venues de l’extérieur. Ils ne formaient pas une armée régulière au sens moderne du terme. Beaucoup rejoignaient les cosaques volontairement, à la recherche d’une vie libre, juste et indépendante.
Tout comme les Français sont attachés à la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », les cosaques vivaient déjà, plusieurs siècles avant la Révolution française, selon des valeurs fondées sur la liberté personnelle, la solidarité et la participation aux décisions collectives.
La Sitch zaporogue : une forteresse de la liberté
Le cœur du monde cosaque s’appelait la Sitch zaporogue (Zaporizka Sitch en ukrainien)
Un Français pourrait la comparer à la fois à une ville fortifiée, à un camp militaire et à une petite république. Contrairement à de nombreux États européens de l’époque, les chefs cosaques étaient élus par l’assemblée des cosaques. Chaque membre de la communauté pouvait participer aux débats et exprimer son opinion.
De la même manière que la France valorise l’engagement citoyen dans la vie publique, les cosaques considéraient que le pouvoir devait être au service de la communauté.
Photo: Pavlo Pashko
La fraternité cosaque
L’une des valeurs les plus importantes des cosaques était la fraternité.
Cette notion allait bien au-delà de l’amitié. Les frères d’armes se soutenaient au combat, partageaient leurs ressources et étaient prêts à risquer leur vie les uns pour les autres.
Dans la culture française, l’expression qui s’en rapproche le plus est la célèbre devise des mousquetaires d’Alexandre Dumas :
« Un pour tous, tous pour un. »
Bien que les mousquetaires soient des héros de roman, cette phrase reflète parfaitement l’esprit de solidarité qui animait les cosaques.
Les cosaques à cheval et les chevaliers français
Tout comme les chevaliers du Moyen Âge étaient réputés pour leur maîtrise de l’équitation, les cosaques comptaient parmi les meilleurs cavaliers d’Europe.
Ils pouvaient parcourir de très longues distances à travers les steppes, changer rapidement de direction et manœuvrer avec efficacité dans des conditions difficiles.
Leur mobilité, leur endurance et leur capacité d’adaptation leur permettaient souvent de faire face à des adversaires plus nombreux.
Photo: Yurii Stefanyak (Global Images Ukraine via Getty Images)
Les cosaques et la mer
Lorsqu’on pense aux cosaques, on imagine souvent des cavaliers. Pourtant, ils étaient aussi d’excellents marins.
À bord de petites embarcations appelées « tchaïkas », ils menaient des expéditions audacieuses en mer Noire.
On peut comparer leur audace à celle des célèbres marins bretons ou des corsaires de Saint-Malo qui s’aventuraient dans des voyages maritimes périlleux.
Les cosaques et la Résistance française
Les historiens rappellent souvent que les cosaques étaient avant tout des défenseurs de leur terre et de leur liberté.
C’est pourquoi de nombreux Français peuvent comprendre leur engagement à travers un parallèle avec les résistants de la Seconde Guerre mondiale. Bien que les époques et les contextes soient très différents, l’idée fondamentale reste la même : un peuple a le droit de défendre sa liberté, sa culture et sa terre.
Les femmes à l’époque cosaque
Même si les expéditions militaires étaient principalement menées par des hommes, les femmes jouaient un rôle essentiel dans la société cosaque.
Elles géraient les foyers, les terres et les activités économiques de la communauté. Elles élevaient les enfants, pratiquaient différents métiers artisanaux et contribuaient parfois à la défense des villages en période de danger.
Tout comme la France rend hommage aujourd’hui aux femmes qui ont participé aux guerres et à la Résistance, les Ukrainiens se souviennent du courage et de la résilience des femmes de l’époque cosaque.
L’héritage cosaque aujourd’hui
L’époque des cosaques appartient au passé, mais leurs valeurs restent vivantes.
Photo: Les Kasyanov (Global Images Ukraine via Getty Images)
La liberté, la responsabilité, la solidarité et la volonté de défendre les valeurs démocratiques continuent de jouer un rôle important dans la société ukrainienne contemporaine.
C’est pourquoi, lors de la Journée des défenseurs de l’Ukraine, nous rendons hommage non seulement aux soldats d’aujourd’hui, mais aussi aux cosaques, qui sont devenus un symbole de courage, de résistance et d’attachement à la liberté.
Pour les Français, Jeanne d’Arc symbolise le courage et la défense de la patrie. Pour les Ukrainiens, les cosaques incarnent depuis des siècles l’amour de la liberté, la solidarité et la résistance face aux épreuves.
L’esprit cosaque se transmet de génération en génération